Le tempêtarium de glace 2048® :

un matin, un train

 

Je passe ma vie dans les trains, et dès que je le peux, j'y embarque mes amis et relations de travail. Nul lieu où l'on ne travaille et ne discute mieux. Est-ce l'idée du voyage, la vue d'un paysage qui fuit, cette idée d'une durée associée à une destination, donc à une projection, cette coupure du monde, nourrie de la richesse du paysage, de la vitesse, et du confort inouï du train (même si on n'a pas de place et qu'on est debout) ? Dans ma famille, nous vénérons les trains. Ce que nous regrettons, et guettons absolument, c'est le clacaclac régulier des passages de roues sur les rails, disparu avec les TGV. Avec mes filles, qu'une série de clacalclac se produise, et nous nous regardons, émerveillés.

 

Mais nous étions dans le TGV, et Luc me parlait d'une idée : du tournage de la Marche de l'Empereur, il avait ramené ses propres photographies et il projetait une expo itinérante sur des années où "les manchots regarderaient les hommes". Son but : éveiller la conscience des citoyens du monde au risque posé par la renégociation du traité de l'Antarctique, prévu en 2048.

 

Nous allions à Tours voir mon père. Mon père est la seule personne que je connaisse qui est capable de vous faire croire que l'on peut traverser véritablement les murailles. Et Luc, pour son scénario sur la préhistoire, avait besoin d'y croire. Je revois encore papa se pencher en avant, en écartant les mains, et nous disant "le monde n'est pas du tout comme on croit". Nous avons passé une de ces soirées comme il en existe peu. Une soirée à discuter.

 

Le lendemain matin, de retour à Paris, les choses se sont assemblées d'elles mêmes : Luc avait cette idée de rencontre de l'humanité avec l'Antarctique ; il avait réalisé un film qui avait fait le tour du monde et le cœur de ce film éta it une tempête ; j'étais en train de réaliser le Tempêtarium de Terra Botanica, et la veille, ou plutôt quelques heures auparavant, nous avions cru que nous pouvions traverser les murailles, et basculer dans un univers inaccessible, hors du temps et de l'espace. Alors, Luc et moi, dans l'heure qui nous ramenait de Tours à Paris, nous avons imaginé le Tempêtarium de Glace 2048, ce vaisseau capable de nous embarquer en Antarctique, et de nous faire vivre trois expériences aussi inaccessibles qu'impossibles : sous la glace, dans la glace, et dans la tempête, pour que nul ne passe jamais à côté de l'immense exception de ce continent.

 

Pour mieux nous connaître :